C’est avec un mélange de joie et de déception que Stella recevait la décision émise par les cinq juges de la Cour d’appel de l’Ontario qui reconnait l’inconstitutionnalité des articles sur les maisons de débauche et le proxénétisme, sauf dans les cas d’exploitation. C’est une victoire en soi que de pouvoir travailler légalement à l’intérieur, seule ou en groupe, et s’entourer de personnes qui augmentent notre sécurité : réceptionnistes, chauffeurs, gérant-es, etc. Par contre, trois juges sur cinq s’entendent pour maintenir l’interdiction de communiquer en public dans le but de se livrer à la prostitution, ce qui est insensé parce que les personnes qui travaillent sur la rue sont celles qui subissent le plus de répression et d'abus.
Dans leur opinion dissidente, deux juges reconnaissent que ce n’est pas le fait de travailler sur la rue qui est dangereux, mais bien l’article sur la communication qui contribue à exposer les travailleuses et travailleurs du sexe à des actes de violence. D’ailleurs, deux rapports commandés en 1989 et en 1994 par le ministère de la Justice afin d'évaluer l’impact de l'article sur la communication concluaient que la criminalisation des travailleuses du sexe de la rue et de leurs clients engendre de la violence.
M. Harper maintient que les lois canadiennes ne sont pas responsables de la violence faite aux travailleuses et travailleurs du sexe et qu’il n’a pas la responsabilité de les protéger. C'est donc dire qu'il ne nous considère pas comme des citoyen-nes à part entière. Pourtant, comme le souligne Émilie Laliberté, directrice de Stella, il est grand temps « que toutes les lois sur le travail du sexe, tant à l’intérieur que sur la rue, soient invalidées en Cour suprême. Celles-ci briment nos droits fondamentaux : le droit à la vie, la sécurité et la liberté. La décriminalisation du travail du sexe sauve des vies. »
Source : Stella, 26.03.2012
Pages reliées :
Émilie Laliberté défend la décision de la Cour d'appel de l'Ontario qui a invalidé l'interdiction de tenir une maison close, Dutrizac, 98,5 fm, 27.03.2012
Entrevue avec Émilie Laliberté de Stella, TVA, 26.03.2012
Topo sur le jugement et entrevue avec Émilie Laliberté, Téléjournal de Radio-Canada, 26.03.2012
Prostitution décriminalisée, Véronique Robert, Voir, 26.03.2012
Maisons closes : des réactions en demi-teintes, Hugo de Grandpré, La Presse, 27.03.2012
Ontario Court leaves most vulnerable sex workers unprotected, Maggie's, 26.03.2012
This victory gives us hope that sex work will one day be fully decriminalized, Sex Professionals of Canada, 26.03.2012
Courts Say You Can't Talk About Sex (Work), Baby, Mick Côté, The Huffington Post, 26.03.2012
Ontario's top court allows brothels, but soliciting ruled illegal, Jayme Poisson, The Star, 26.03.2012
Maisons closes : la Cour d’appel de l’Ontario invalide la loi fédérale, La Presse canadienne, 26.03.2012